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14.04.2007

Chateaubriand juge Bonaparte

Je dédie cette note à Hervé Torchet dont le blog littéraire est des plus intéressants que j'ai pu parcourir sur la toile. Il s'agit d'un exposé que j'ai eu l'honneur de rédiger et d'expliquer dans l'amphi Turgot à la Sorbonne lorsque j'étais en licence et que je suivais les cours de Bernard Gainot sur Napoléon.

 

 

Chateaubriand juge le général Bonaparte


Introduction :

« 

Le pamphlet est une dénonciation violente qui a pour but de propager son contenu et d’en faire adopter les idéaux par d’autres. C’est un véritable outil de propagande qui permet aux journaux qui les publient de se marginaliser dans une position politique qui leur est propre. ils traduisent assez bien l’état d’esprit dans lequel se trouvait des français. L’admiration sans limite après les victoires de 1805-1806 laisse place aux critiques les plus acerbes après les défaites de 1812 à 1814. Matérialisés par la publication de plus de 200 pamphlets entre la fin de l’année 1813 et l’année 1814. On peut citer l’Attila de Mme de Staël, ou bien encore le De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leur rapports avec la civilisation européenne, de Benjamin Constant. Mais, celui sur lequel nous allons porter notre étude est un extrait du pamphlet de Chateaubriand « De Buonaparte et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes ,pour le bonheur de la France et celui de l’Europe » . écrit à partir de la fin de l’année 1813 et publié le 5 avril 1814.



L’auteur, François René vicomte de Chateaubriand est né en 1768 à St Malo et est mort en 1848. Exilé en Amérique pendant la Révolution il revient en France en 1800 où il se rallie au consulat. L’exécution du Duc d’Enghien en mars 1804 réveille ses sentiments monarchiques. Royaliste et légitimiste par fidélité, il ne cache plus son opposition à l’Empereur Napoléon et à l’Empire. Ce pamphlet est un cri de douleur trop longtemps contenu d’une cinquantaine de pages dans lesquelles les guerres de l’Empire et la tyrannie du pouvoir napoléonien sont violemment critiqués au profit des Bourbons et de la monarchie


Napoléon Ier, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, et médiateur de la confédération Helvétique, voit après la campagne de Russie de 1812 sa titulature bousculée. La campagne d’Allemagne de 1813 met fin à la confédération du Rhin, et la confédération Helvétique est envahie. L’année 1814, laisse place à la campagne de France qui voit arriver aux portes de la France les troupes coalisées. Pour la première fois depuis la proclamation de l’Empire le 18 juin 1804, l’Empereur doit faire face aux armées de l’Europe tout entière sur le sol Français. Les Alliés (c-à-d Russie, Autriche, Prusse Angleterre) sont dans Paris le 31 mars 1814. Talleyrand qui fréquentait les salons hostiles à Napoléon n’hésitait pas dès lors à proclamer qu’il s’agissait du commencement de la fin. Talleyrand arrive à convaincre le tsar Alexandre Ier du bien fondé de la Restauration des Bourbons, et fait voter la déchéance de l’Empereur par le Sénat et le Corps Législatif , le 3 avril 1814.

 

Nous allons donc nous pencher dans un premier temps sur les relations existantes entre Chateaubriand et Napoléon, et essayer de voir dans un second temps l’essor de légende noire pour nous demander si Chateaubriand est un prophète de la Restauration


 






I- l’enjeu de l’arme intellectuelle

A- les rapports entre Bonaparte et Chateaubriand


Il nous faut nous écarter du texte un moment afin de mieux comprendre la portée du pamphlet par la suite, il faut étudier les rapports qui ont existé entre Napoléon et Chateaubriand.

Le titre donné a cet extrait du pamphlet de Chateaubriand par Jean Tulard est « Chateaubriand juge le général Bonaparte ».Pouvoir porter un jugement sur Napoléon implique que les deux hommes se connaissaient. Il nous faut donc nous pencher sur les rapports qui existaient entre les deux hommes dans le but de mieux comprendre la critique que porte Chateaubriand envers Napoléon.


Chateaubriand réfugié en Angleterre fait la rencontre de Fontanes. En 1800 après le coup d’état de Brumaire ils rentrent tout deux à Paris. Fontanes est un ami de Lucien Bonaparte. Le frère de Bonaparte rachète le journal Le Mercure de France qui devient une tribune gouvernementale qui va s’opposer à La Décade philosophique, un organe des partisans du libéralisme et de la philosophie des Lumières. La première victime est Madame de Staël. Elisa Bacciochi la sœur de Bonaparte fait découvrir en 1801 le livre de Chateaubriand Attala au premier consul. En 1802, il dédicace la deuxième édition de son livre Le génie du christianisme » « au génial Bonaparte ». Les idées du livre viennent appuyer la politique religieuse du consulat. Après insistance de Fontanes, Chateaubriand est envoyé à Rome comme secrétaire d’ambassade en 1803. Chateaubriand y est prétentieux et souhaite tout contrôler allant jusqu’à indisposer le cardinal Fesch son supérieur hiérarchique. Bonaparte est furieux et l’envoi comme ministre de France dans la minuscule République sœur du Valais (voir carte). Chateaubriand s’y ennuie ferme.


L’exécution du Duc d’Enghien dans la nuit du 21 mars 1804 lui permet de donner sa démission. C’est le début de l’animosité, cette date marque un tournant important dans les relations entre les deux hommes. Après être parti en pèlerinage à Jérusalem, il revient à Paris en 1807 et publie en juin de la même année dans le Mercure de France un pamphlet à l’encontre du régime despotique de l’Empire Ottoman. Cela n’étonnera personne d’y voir en réalité la critique du régime impérial. En 1804, le Mercure avait été dénoncé par Fouché à Bonaparte comme étant un journal très hostile au régime impérial à cause notamment d’un article paru qui était à l’encontre du concept de tolérance que prônait le régime.


La fracture entre les deux hommes est apparente en 1809 avec l’affaire dans laquelle est impliqué son cousin Armand de Chateaubriand qui jouait les courriers entre Londres et les royalistes de Bretagne. Il fut jugé et condamné à mort. Chateaubriand écrivit une lettre demandant à Napoléon la grâce de son cousin, mais elle fût rejetée.

 

En 1811 pour pouvoir rentrer à l’Académie Française, il doit rédiger un discours en faisant l’éloge de son prédécesseur, un jacobin régicide. Chateaubriand dans son discours condamne le régicide, il fait un tas d’allusions hostiles au régime, ce qui déplait à l’Empereur qui en demande un autre, Chateaubriand prétexte des problèmes de santé et refuse.

 

ce qui montre qu’entre les deux homme un double sentiment à la fois de respect et de crainte coexiste. C’est le plus grand auteur littéraire du siècle qui était opposé à l’Empereur des temps modernes. Même si Chateaubriand se sentait persécuté par le régime impérial, il fut relativement épargné et put circuler librement dans les salons parisiens. D’autres auteurs en revanche comme Madame de Staël avait été contraint de s’exiler en Allemagne. Napoléon est devenu d’une certaine façon la muse de Chateaubriand.


  1. Le pamphlet, un cri de ralliement ?


Le pamphlet est publié le 5 avril dans le Journal des Débats, journal de l’Empire le plus lu de l’époque. En 1814, il se transforme en journal des débats politiques et littéraires. Des affiches avaient été placardé dans Paris pour préparer l’opinion publique à la publication prochaine du pamphlet. Ce qui montre qu’il s’agit d’une guerre d’opinion visant à rallier le plus de partisans possibles. (ligne 38 –39) «  Oubliant que si les crimes sont quelque fois punis dans l’autre monde, les fautes le sont toujours dans celui-ci ». Le but de Chateaubriand est de montrer aux français le vrai visage de l’Empereur. Pour ce faire, il s’appui sur les propagandes royalistes et étrangères comme celles diffusée par l’Anglais Lewis Goldsmith.

 

Il ne faut pas perdre de vue, le contexte de Restauration dans lequel se trouve la France en 1814. (ligne 44) « va brûler le village où ces mêmes rois eurent le malheur de le nourrir ». Chateaubriand fait ici référence à la bataille de Brienne de Janvier 1814, il cherche à rappeler ainsi que les alliés sont entrés en France.


Mais à qui est destiné ce pamphlet, c’est la question majeure qu’il faut se poser. La vision du peuple est assez floue notamment parce que la question de leur confiance à l’Empereur et au régime ne lui fut pas directement posée.


Pour reprendre les mots de la Maréchale Oudinot, le 29ème bulletin venait de foudroyer la France. Pour l’historien Louis Madelin, ce bulletin est à l’origine du réveil des espérances partisanes. Même au sein même des plus fidèles de l’Empereur, comme certains membres du Corps législatif, les critiques se font entendre, par exemple, un député bordelais, du nom de Joachim Lainé a fait un discours dénonçant l’Empereur et son pouvoir alors qu’au sein de ce Corps législatif est sensé être présent les membres les plus fidèles à l’Empereur.


On pourrait dès lors penser, que le ralliement des masses populaires semble plus facile. Pourtant Berthier de Sauvigny dans son livre « La Restauration » nous rappelle un point important. « plus de la moitié de la nation est illettrée, ignorante de la politique , profondément indifférente à tous ce qui dépasse les soucis matériels immédiats ».


De ce point de vue, on peut en déduire que le pamphlet vise donc à toucher une élite sociale lettrée, mais l’enjeu pour les pamphlétaires c’est bel et bien de rallier la masse. (ligne 18) il est employé le terme de « laboureur » ; Il faut savoir qu’ en 1815, 4/5 de la population française est encore rurale, en introduisant les intérêts du laboureur dans le pamphlet, c’est la volonté de vouloir faire prendre conscience aux « français lambda » que son intérêt propre est de suivre l’opposition. On comprend dès lors que Chateaubriand reprenne les clichés et stéréotypes d’époque, la propagande insiste sur le fait que le peuple est las de 15 ans de guerre.


Le pamphlet apparaît donc comme l’arme de l’opposition intellectuelle.

 

De plus, si on se penche sur le vocabulaire employé à l’encontre de Napoléon, (ligne 4) impatient ; (ligne 47) « éprouve ». ces termes entrent dans des champs lexicaux s’apparentant à des défauts ou à la souffrance. Ce sont des termes assez péjoratifs qui montre assez bien que les mots sont aussi tranchant qu’une épée sur un champ de bataille.

 

Ces mots ont contribué à l’essor de ce que Jean Tulard a appelé la « légende Noire de l’Empereur ».



II- Essor de la légende noire

a- Napoléon et son image de général


Dès le début Chateaubriand cherche à détruire le mythe Napoléonien notamment en s’attaquant à l’image Sacro-sainte du militaire invincible, (Ligne 1-2) «  c’est en effet un grand gagneur de bataille, mais le moindre général est plus habile que lui ». Pour Chateaubriand, Bonaparte n’a aucun mérite, il remporte ses batailles grâce à ses généraux et s’ en approprie les victoires : ex, la charge de Desaix à Marengo.

En fait le seul génie militaire de Bonaparte ne se reconnaît que dans ses défaites comme à Dresde et à Leipzig, (ligne 37) « Bonaparte commet faute sur faute ».


Chateaubriand cherche à montrer que Bonaparte est un mauvais militaire. (Ligne 2 à 6) «  Il n’entend rien aux retraites et à la chicane du terrain ». Chateaubriand parle du passage de la Bérézina, les Russes y avaient incendié le pont qui devait permettre aux troupes de passer sur l’autre rive mais il fait aussi référence à la bataille de Leipzig des 16 au 19 Octobre 1813, plus communément appelés dans l’historiographie « la bataille des nations ». Les troupes opérèrent le 19 octobre une retraite sur la seule chaussée de Lindenau et sous le feu ennemi. Là aussi le pont fut détruit alors que toutes les troupes française n’était pas encore passée de l’autre côté du fleuve.


On peut donc voir que Chateaubriand s’en prend au génie militaire de Napoléon celui là même qui l’avait hissé à la tête de l’Empire. Mais il nous faut nuancer ses propos.


Napoléon lors des campagnes de Russie, d’Allemagne et de France a dû faire face à plusieurs problèmes dont il n’était pas forcément le responsable direct. Par exemple pendant la manœuvre sur Vilna lors de la campagne de Russie, il fait dire au roi de Westphalie « qu’il est impossible de manœuvrer plus mal qu’il ne l’a fait ». cette faute avait laissé le temps à Bagration d’opérer une retraite lui laissant ainsi la possibilité de faire jonction avec le reste des troupes alliées et donc d’empêcher Napoléon de l’affronter dans une bataille décisive.


Il dû aussi faire face à la défection des Saxons en plein milieu de la bataille de Leipzig. La trahison des troupes est un facteur imprévisible même pour un grand général.


(ligne 11 à 13 ) «  on a cru qu’il avait perfectionné l’art de la guerre, et il est certains qu’il la fait rétrograder vers l’enfance de l’art ». c’est ici une critique à la révolution qu’apporta Napoléon dans l’art de la guerre à savoir la concentration des forces, la vitesse et le (…) Malgré les défaites, les plus grands théoriciens d’époque reconnaissent le génie de Napoléon, c’est le cas de Clausewitz, général Prussien, c-à-d faisant partie de l’état major Allié qui reconnaissait en Napoléon un « généralissime ». Un Autre grand théoricien qui laisse aujourd’hui un précis de l’art de la guerre s’inspirant directement des stratégies de l’Empereur, Jomini. Ces deux théoriciens sont les premiers à reconnaître que les victoires françaises de Baützen, Lützen et celle de l’Empereur à Dresde avec des armées pratiquement anéanties sont la preuve d’un génie militaire Napoléonien et non celles d’un vulgaire parvenu.





  1. L’Ogre sanguinaire


Les Alliés sont aux portes de la France. Le temps de la gloire militaire laisse place peu à peu aux critiques d’une nation endeuillée, Dès lors c’est l’image d’un tyran que laisse apparaître les caricatures, celui de Néron, empereur romain qui exerça la tyrannie, ou aussi de l’Attila comme le souligne Mme de Staël dans son pamphlet.


Mais c’est surtout l’image de l’Ogre qui domine, assoiffé de sang, aux dents longues et par conséquent qui ne peut être que cruel. L’Ogre n’est pas humain, c’est un monstre imaginaire. mais c’est surtout une critique des moyens utilisés pour la victoire. (ligne 7) «  à coups d’hommes, sacrifier tout pour un succès ».


Le poids de la conscription est de plus en plus insupportable. Au début de la campagne de Russie c’est plus de 500 000 hommes qui partirent en guerre mais il y en eu seulement 75 000 qui en revinrent. (ligne 9 à 11) «  par des marches au dessus des forces humaines. Peu importe n’a t’il pas la conscription et la matière première ? ». La plupart des hommes de la grande armée meurt de faim, de froid dans des marches qui les conduisent vers l’enfer de Russie. Napoléon face à ces pertes fait appel à la jeunesse, le corps des « Marie Louise » présent à Leipzig. Nom donné à ces adolescents parce qu’ils s’enrôlèrent par un décret signé par la Régente. « il sacrifie tout pour un succès ». C’est l’image de l’Ogre qui dévore la jeunesse qui prédomine, Napoléon ne tient pas compte du fait que le peuple et las de 15 ans de guerre. Mais il nous faut nuancer les propos de Chateaubriand, là encore c’est assez ambiguë, les Marie Louise sont à la fois la fierté de la France, notamment parce le taux de désertion n’était que d’ 1/100 , mais ils étaient aussi les enfants dont les paysans avaient besoin pour travailler la terre.

Un autre aspect de sa personnalité apparaît

(Ligne 40- 41) «  Il montre l’ignorance la plus incompréhensible de ce qui se passe dans les cabinets », (ligne 42-43) « et refuse une paix honorable qu’ont lui propose ». chateaubriand essaye de nous peindre le tableau d’un monstre, La propagande de l’époque véhicule l’idée que « la nature forma Napoléon sans entrailles et qu’il avait horreur du bonheur des hommes ». d’où l’explication peut être du mot bonheur dans le titre du pamphlet. Mais Chateaubriand oublie de nous dire que Napoléon est parti avec l’armée dans le but de maintenir le blocus continental, dont l’enjeu est de ruiner l’Angleterre ce qui en 1814 est presque atteint. Le fait est que l’Empereur ne veut pas perdre son temps en parole diplomatique, il n’a plus confiance en la diplomatie, (les ennemis à qui il avait généreusement laissés leur grandeur) veulent qu’il accepte les bases du traité de Lunéville de 1801, c’est à dire renoncer aux possessions de la campagne d’Allemagne de 1805 et à celles de Prusse de 1806, celles là même qui ont fait la gloire de l’Empereur.

 

Mais un tel acharnement ne sert-il pas à faire de Chateaubriand un porte parole de la cause royaliste, si tel est le cas il lui faut en assurer le titre est donc s’attaquer à la légitimité de l’Empereur.


 







III- Chateaubriand : ‘prophète’ de la Restauration ?

 

  1. l’usurpateur étranger


Chateaubriand s’en pend à la légitimité nationale de Bonaparte (ligne 30) «  Buonaparte » il faut savoir que le vrai nom de Napoléon était à l’origine Napoleone Buonaparte et que ce n’est qu’après la campagne d’Egypte de 1798, qu’il francisa son nom en enlevant la dernière lettre de son prénom et la deuxième de son nom de famille. Dans une autre partie du pamphlet qui n’est pas présent dans l’extrait, Chateaubriand dit que Napoléon serait né en Corse le 5 février 1768, et non le 15 août 1769.


Or, la Corse a appartenu aux Génois jusqu’en mai 1768 ; Si la date était vraie cela signifierait que Napoléon est né Génois et non Français, matérialisant de fait sa non nationalité Française. mais comme le dit Jean Tulard dans l’Anti-Napoléon, Chateaubriand n’argumente pas et ne donne aucune preuve de son affirmation.


De plus, il est fait mention (ligne 44) «  il sort pour la dernière fois du palais de nos rois ». le « nos rois » montre que Napoléon n’en fait pas parti, il n’est pas légitime, c’est un parvenu. il y’ a donc une volonté de la part de Chateaubriand de décrédibiliser l’Empire Napoléonien en insistant sur le fait que sur le trône de France ne se trouvait pas l’homme au sang bleu. Une allégorie qui symbolise la monarchie de droit divin.


Ligne 21 «  César n’avait que quelques légions à Pharsale ». Quand Chateaubriand dit quelques légions, il insiste encore sur le côté mauvais militaire de Bonaparte, mais il met en parallèle César et Bonaparte afin d’encore plus le décrédibiliser.

 

Son ennemi restait la royauté de Louis XVIII. La bataille de Pharsale pour Napoléon c’est Marengo (14 juin 1800), elle lui permit d’instaurer le consulat à vie et de se montrer en dictateur de Salut Public. A cette occasion il écrivit une lettre à Louis XVIII lui indiquant que s’il voulait récupérer le trône de France il devrait marcher sur 100 000 cadavres.

 

Chateaubriand est intransigeant sur le caractère despotique du pouvoir même s’il participa à la délivrance des peuples et qu’il dota l’Italie et la Pologne d’une administration efficace et d’un code de lois calqué sur le modèle Français, cela n’empêche pas Chateaubriand de montrer que la conduite de Napoléon avait avant tout pour but de justifier sa puissance et son pouvoir personnel. Cela se retrouve par sa titulature, médiateur des Helvètes, président de la confédération du Rhin. C’est l’illusion d’un grand organisateur qui se sert de la notion révolutionnaire de liberté qui sert à mettre en place un pouvoir autoritaire où les libertés ont été petit à petit supprimé, c’est l’image du Robespierre à cheval.


Donc on peut se poser la question de savoir si Chateaubriand ne se fait pas le prophète de la Restauration ? L’image de l’étranger au pouvoir ne lui permet-il pas d’affirmer la nécessité du retour de la monarchie des Bourbons ?







B- Apologie de l’Ancien Régime

Chateaubriand en porte parole de l’Ancien Régime doit avant tout détruire le mythe Napoléonien. Comme on l’a vu précédemment il s’en est pris au général, à sa nationalité, à l’image de l’homme, et maintenant à sa noblesse. Il n’est pas assez noble pour gouverner un royaume tel que la France ligne 47 «  fuit encore » c’est la notion de lâcheté dont il est question. Les propagandes insistaient sur le fait qu’après les défaites d’Aboukir et de Russie, Napoléon revenait précipitamment sur le trône. Chateaubriand cherche à montrer que la fuite n’est pas une vertu de la noblesse. Pourtant n’est ce pas Louis XVI qui s’était enfui à Varenne ? Chateaubriand n’en fait pas mention mais par contre il met en avant le côté protecteur de la nation de la part des rois (ligne 25) « cette France dont Louis XIV avait environnée de forteresse, que Vauban avait fermée comme un beau jardin ». la mise en avant de Louis XIV c’est la volonté d’un retour à l’absolutisme monarchique. Chateaubriand fait le tableau d’une France protégée qu’il oppose à la France de Napoléon aux mains des coalisés. Dans l’Ancien Régime, le roturier payé sa taxe et le roi l’accueillait dans son château quand l’ennemi s’en prenait à ses terres.


(Ligne 17-18) «  de sorte que le laboureur qui cultive en paix son sillon, sait à peine que l’on se bat à quelques lieues de sa chaumière ». c’est ici le slogan de la révolution « guerres aux châteaux et paix aux chaumières » qui est repris par Chateaubriand, pourtant il n’est pas fait mention de la guerre aux châteaux. Chateaubriand cherche aussi à montrer que la monarchie des Bourbons, une fois restaurée tiendra compte des apports de la révolution. Chateaubriand appèle donc le peuple à se lever contre celui qui est la première cause de mortalité du siècle en France. Il accuse la conscription d’être responsable du malheur des Français, ce qui lui permet de vanter l’armée de métier, celle qui est composée de soldats de métier et non des fils de laboureur et d’enfants à peine entrer dans l’âge de l’adolescence.Mais de cela permet aussi à Chateaubriand de montrer qu’il y’a des différences entre les personnes, il y’a des nobles et des roturiers, ceux qui sont fait pour se battre et ceux qui sont fait pour travailler, c’est l’idée du retour aux valeurs d’Ancien Régime ce qui implique la notion de perte des libertés individuelles et par conséquent le retour à un ordre jugé naturel.


La fierté de l’Ancien Régime avait été la marine ligne 29-30«  tout est désarmé même les vaisseaux de Brest, de Toulon et de Rochefort ». Colbert avait fait en sorte que la France se munisse d’une marine de guerre puissante. Les défaites d’Aboukir et de Trafalgar avait laissé le contrôle des mers aux mains des Anglais. D’où la mise en avant de l’hypothèse que Napoléon était un traître de la Nation. (ligne 33-34) « s’il eût conspirés secrètement contre les Français, eût il agit autrement ? ». Chateaubriand cherche à attiser les foules pour qu’elles se révoltent contre Napoléon. Devons nous y voir un réveil nationaliste chez Chateaubriand ? Comme on a pu le voir précédemment dans le cour, le degré de nationalisme se mesure sur trois niveaux. Le premier niveau est culturel, le deuxième est composé d’une poignée d’intellectuels qui utilisent le folklore national dans le but de rallier les masses populaires.


Mais ce pamphlet est-il réellement un cri de colère trop longtemps contenu comme il aimait à l’écrire ?

Il est vrai que l’affaire Armand en 1809 gela les relations entre les deux hommes, mais en 1811, avec l’entrée de Chateaubriand à l’Académie Française il y eut un certains rapprochement. Chateaubriand n’est pas vraiment un ce que l’on pourrait appeler un nationaliste. Le titre du pamphlet met en avant une autre notion importante, « nos princes légitimes » c’est celle du légitimisme de Chateaubriand.

C’est à dire qu’il montre son attachement à la dynastie des Bourbons. Il ne faut pas oublier que Chateaubriand est issu de la noblesse bretonne. Et, sous l’Empire l’anoblissement des individus est une pratique encore assez courante sauf que les artistes comme Chateaubriand sous l’Empire ne sont pas considérés comme des nobles. c’est à dire que Chateaubriand fils de noble n’en n’est plus un sous Napoléon.

Ainsi donc on peut se demander si Chateaubriand, Madame de Staël ou d’autres opposants du régime qui avaient essayé de rejoindre l’entourage de Napoléon n’ont pas intégré l’opposition à cause de leurs ambitions personnelles avortées ?


Pour conclure


On peut noter que lorsque Chateaubriand fut au service de Bonaparte en Italie, il avait été un administrateur zélé. Le cardinal Fesch dû même en informer Bonaparte qui dû le renvoyer. Cet exemple nous montre que Chateaubriand était avant tout un opportuniste, il chercha par tout les moyens à se faire remarquer pour sortir de l’anonymat et s’assurer une carrière digne de son nom. Ce que l’Empire ne lui donnait pas, l’opposition lui offrait.

Ainsi, sous la Restauration il se retrouve dans le camp des ultra-royalistes. Ce qui lui vaudra de devenir ministre des affaires étrangères de1822 à 1824. Et là encore son orgueil va en indisposer plus d’un, le menant une fois de plus à la disgrâce ; il passe dès lors dans l’opposition libérale. Peut-on dès lors dire que Chateaubriand ait été un réel opposant à l’Empire ou tout simplement un opportuniste frustré dans ses ambitions ?


Le pamphlet est sorti le 5 avril 1814, le 6 avril Napoléon abdiqua, la portée du pamphlet n’a pu être un facteur déterminant dans les décisions de l’Empereur, et quand on apporta le pamphlet à Napoléon au château de Fontainebleau, il aurait dit ces mots: « Je n’ai point de reproche à faire à Chateaubriand, il m’a résisté dans ma puissance ».

 

Et au contraire pour Louis XVIII ce pamphlet valait une armée de 100 000 hommes. Peut être faut-il y voir les 100 000 cadavres sur lesquels il devait marcher en 1800 pour pouvoir récupérer son trône.

 

De toute façon les pamphlets reprenaient les stéréotypes d’époque, ce qui eu pour principal finalité de lasser l’opinion publique.

De 1813 à 1815 ce n’est pas moins de 500 pamphlets qui furent publiés.

 

En 1828, dans ces Mélanges politiques Chateaubriand avouera qu’à l’époque où fut écrit le pamphlet « il s’agissait moins d’écrire que d’agir. C’était une bataille qu’il fallait gagner ou perdre dans l’opinion, et perdue, elle dispersait pour toujours les débris du trône légitime ».

 

Quant à Napoléon, il confessa lui même que dans le domaine de la littérature il s’était entouré de la petite et mis à dos la grande. A Sainte Hélène conscient de cet état de fait, il s’est entouré de quatre écrivains à qui il dicta ses mémoires, Bertrand, Las Cases, O’Meara, Montholon . Dans ses mémoires, Napoléon n’oublia pas de parler de Chateaubriand, et dira de lui que « Tout ce qui est grand et national doit convenir au génie de Chateaubriand ». On retrouve bien cet aspect d’attrait et de colère entre les deux hommes puisque même Chateaubriand dans ses mémoires d’Outre Tombe chercha à décrire Napoléon de façon plus objective.


Mais, l’isolement de l’Empereur sur son rocher de Sainte Hélène contribua à la mise en marche d’une nouvelle légende, celle là même qui lui permet encore aujourd’hui de reposer sur les bords de la Seine depuis 1841.

 

Chateaubriand juge le général Bonaparte (P 100).

 

  1. L’enjeu de l’arme intellectuelle


  1. les rapports entre Napoléon et Chateaubriand

  2. le pamphlet, un cri de ralliement ?


  1. L’essor de la légende noire


  1. le général

  2. l’Ogre sanguinaire


  1. Chateaubriand, « prophète » de la Restauration ?


  1. l’usurpateur étranger

  2. l’Apologie de l’Ancien Régime

 


Bibliographie :


  1. Instrument de Travail :

 

  • Tulard, J., Dictionnaire Napoléon, Fayard, 1999.

articles, Brienne, Chateaubriand, Dresde, Fontainebleau, Goldsmith, Leipzig, Restauration.


  • Fierro, A., Histoire et Dictionnaire du Consulat et de l’Empire, Robert Laffont, 1995.

articles, Décade philosophique, Fontanes, Journal des débats, Mercure de France.


  1. ouvrages généraux


- Bertaud J.P., Le consulat et l’Empire 1799-1815, Armand Colin, Cursus,(pp 42, 95, 05).


  1. ouvrages particuliers


  • Chateaubriand, œuvres complètes, Mélanges politiques, Tome VII, Kraus Reprint, 1975.


  • Napoléon par Chateaubriand, (introduction Melchior-Bonnet), Albin Michel, 1969.


  • Madelin L. Histoire du consulat et de l’Empire (Tome XIII), Hachette, 1950.


- Mathis H.P., Napoléon vu au travers de la caricature, Verlag NZZ, 1998.


  • Berthier de Sauvigny G., La Restauration, Champs Flammarion,1965.


  • Tulard J., L’anti Napoléon, la légende noire de l’Empereur, collection Archives Julliard, 1965.

 

 

Commentaires

cette note n'est pas postée là par hasard, à l'heure ou Sarkozy souhaite obtenir le titre suprême de notre République, il est temps de réveiller l'esprit de Chateaubriand pour qu'il (R)éveille de nouveau nos consciences endormies...

Ecrit par : Michaël | 14.04.2007

J'ai un petit faible pour les première pages de la Confession d'un enfant du siècle de Musset, qui saisissent si bien la génération de ces hommes qui ont le sentiment d'être nés trop tard pour la gloire et pour qui il ne reste plus qu'à se faire moine ou professeur pour devenir quelqu'un. Remarquez, aujourd'hui entrer dans la gendarmerie devient plus valorisant que d'entrer dans l'éducation...

Puisque vous aimez les beaux textes politiques, en cette période électorale vous pourriez peut-être jeter un oeil aux Souvenirs de Tocqueville (troisième volume de la Pléiade) et au récit de la campagne qu'il mène dans la Manche en 1848. Beaucoup de remarques interessantes méritent d'y être relevées.

Ecrit par : Papageno | 14.04.2007

Voilà une étude fort documentée.

Ecrit par : Hervé Torchet | 14.04.2007

Et merci de la dédicace ; trop d'honneur...

Ecrit par : Hervé Torchet | 14.04.2007

Ah ces satanées virgules !! ;)

Ecrit par : Virginie | 16.04.2007

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